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"Le mental peut-il nous guérir ?"



Bonjour, nous sommes le mercredi 20 janvier. Merci d'être avec nous ce matin. Nous recevrons dans cette émission Jacques Perrin. On est très heureux de l'accueillir en direct. Il a réalisé un film absolument magnifique qui nous dévoile toutes les richesses et les beautés des habitants des mers.

Mieux qu'un plaidoyer ou qu'une grande conférence internationale, quand on voit ce film, on prend conscience de la nécessité de protéger la planète. On parlera avec lui des conditions de tournage incroyables. Ils ont inventé des caméras, des moyens techniques pour pouvoir suivre au plus près des poissons qu'on découvre sous un jour tout à fait nouveau. Voilà donc notre invité.

Autre invité, Claude Pinault, qui est avec nous et qui va vous raconter un témoignage incroyable. Claude s'est retrouvé victime d'une grave maladie, le syndrome de Guillain-Barré. Il s'est battu pendant 300 jours, entièrement paralysé dans son corps. Seul son cerveau continuait à marcher, à vagabonder. Il va nous raconter que le pouvoir de l'esprit, la conviction de la force mentale, comment cela lui a permis de s'en sortir.

Vous allez témoigner dans un instant. Vous pouvez réagir sur ce témoignage au 3245. Alexandre est là et attend vos appels.

Oui, bonjour. Alors mis à part le fait que toute la France, effectivement, nous envoie des mails sur le fait que vous soyez coupé un petit peu les cheveux...
Merci. Merci de le rappeler, puisque c'est très important. C'est une info capitale, ce matin.
Bah oui, mais tout le monde nous le dit en ce moment au standard. Donc le 3245, je vous le rappelle, il est fait pour vous. Vous nous appelez, vous témoignez. On essaiera de prendre beaucoup beaucoup de coups de téléphone à l'antenne. Je voudrais vous citer un premier témoignage qu'on a eu ce matin de Domia de Strasbourg, qui ouvre bien le débat, qui nous disait... « Voilà. Bonjour. Le mental est une valeur certaine de la guérison. Il y a huit ans, je suis sorti d'un cancer pour lequel j'étais condamné parce que simplement je rêvais d'être grand-mère et je me suis battu. » Aujourd'hui, elle a deux petits-enfants de cinq et de un an. t elle dit « Voilà. Le mental, une grande valeur pour la guérison ». Appelez-nous.
Et Claude, alors qu'il était paralysé, rêvait de remarcher un jour. Et c'est comme ça qu'il s'en est sorti. Il raconte cette histoire et ce parcours dans un livre magnifique, primé d'ailleurs par le prix Parole Patient, Le Syndrome du BOCAL , aux éditions Buchet-Chastel. Et puis avec nous également, pour réagir à ce témoignage et nous éclairer, le docteur Juan David Nazio, psychiatre et psychanalyste. Alors Richard, tout de suite, on va entrer dans le vif de cette histoire incroyable.
Rapidement, pour savoir un peu ce qu'est le Guillain-Barré aussi, puisque c'est environ mille sept cent personnes qui sont touchées par cette affection qui à une origine virale. En l'occurrence, vous, c'est une otite qui a atteint l'enveloppe du nerf mais aussi l'axone, le cœur du nerf, ce qui fait que vous avez eu une forme très très grave, subaiguë, comme on l'appelle. Et ça a été un travail très très compliqué. Mais c'est grâce justement à l'abnégation. On va voir justement quelques images de votre hospitalisation.

Ce sont des images qui ont été tournées par vos enfants à l'hôpital, où on voit qu'à un moment, vous n'arrivez à rien bouger, juste le petit doigt.





Et petit à petit, vous avez travaillé contre l'avis des médecins, puisqu'il y en a un qui vous a dit quand il n'y a plus de jus... Il n'y a plus de jus.
Claude : Exactement.
Et là, on voit cette image petit à petit.
Juste, Richard, on va rappeler que Claude fait une plongée, se fait piquer par une méduse. Et cette oreille, ce virus, vous le découvrez quinze jours après, je crois.
C'est exactement ça. Et d'un seul coup, il y a eu cette paralysie. Et petit à petit, vous avez pu retrouver... Là, on vous voit après, bien entendu. Grâce à cette pensée positive qui est véritablement un médicament... On va le montrer, on va en parler. Avec votre épouse, vous avez pu réussir à vous en sortir.
Avec un travail considérable, l'appui des kinés. C'est presque vous qui mobilisez les kinés. On va revenir au départ. Que se passe-t-il pendant ces deux jours où le virus s'attaque à votre oreille ?
Claude : Je suis piqué par une méduse. Le soir même, j'ai une otite atypique qui traîne. Et en fait, quinze jours après, c'est là où tout commence. Ça commence toujours comme ça, un Guillain-Barré. Il y a des fourmillements dans les mains, dans les pieds. Et en fait, c'est la myéline qui commence à se détruire.
L'enveloppe du nerf.
Claude : Oui, oui. C'est l'enveloppe du nerf. Le nerf, c'est l'axone. C'est comme un fil électrique. Et autour, la myéline, en fait, accélère le mouvement. Et quand il y a plus de myéline, il y a plus de mouvement.

Ce qui fait que je me suis retrouvé en réanimation très rapidement. Et je suis parti pour un voyage au bout de l'enfer de trois cent jours sur le dos sans pouvoir bouger. Ça, c'est quelque chose d'assez incroyable. Et puis surtout...

En réanimation, en devant changer d'hôpital, parce qu'au bout d'un certain temps...
Personne n'en voulait.
Personne n'en voulait.Personne ne voulait de vous. Et tout le monde était convaincu que vous ne vous en sortiriez pas valide.
Claude : Oui, parce qu'en fait, il y a plusieurs types de guélin barré. Celui-ci est très dur. C'est le...
C'est ce qu'on appelle un Guillain-Barré subaiguë. C'est la forme la plus grave.




Claude : C'est la forme la plus grave, parce que non seulement la myéline est détruite, mais l'axone. Donc il n'y a plus rien. Et l'axone ne peut pas se reconstituer comme ça aussi simplement.
Donc effectivement, j'ai fait le guide routard des centres de rééducation. On voulait plus de moi en réanimation à Orléans. Je suis parti à Carpap.
Alors sans parler de la douleur, parce que vous souffrez énormément. On peut même rien faire contre cette douleur, parce que vous êtes en réanimation.
Claude : Alors oui. En fait, je me suis enfermé dans le bocal de mon corps. En fait, c'est un bocal invisible, complètement tétraplégique. Mais l'influx nerveux qui ne peut plus aller sur les nerfs moteurs, en fait, déborde et va sur les nerfs sensitifs.

Ce qui fait qu'il y a des douleurs, des sensations incroyables, je décris dans certains chapitres. J'ai l'impression d'attaques carnassières. J'ai l'impression que je suis bouffé de l'intérieur par des chiens et les deux bras ballants, complètement tétraplégique, quoi. C'est un enfermement assez horrible.

Donc un médecin dit : « Lorsqu'il n'y a plus de jus, il n'y a plus de jus ». Qu'est-ce qui fait que vous, dans votre tête, vous vous dites à un moment donné : « Je remarcherai un jour ».
Claude : J'ai sans doute un petit côté rebelle en moi. Lorsqu'un sachant me dit ça, qu'il il est, pour pouvoir m'asséner comme ça un diagnostic autant coup de poing dans la gueule. Et alors ? On ne sait pas. En fait, Dieu merci, il y a eu quand même un deuxième médecin éclairé qui m'a dit : « Vous savez, en médecine, il n'y a que des statistiques. Montrez-nous ce que vous allez être capable de faire de votre maladie, en fait ». Il y a des cas inexpliqués, inexplicables.

Et alors ? En fait, j'ai saisi, je savais ça, qu'on peut faire bouger des choses avec son mental, je pense. J'étais sportif. Et je sais qu'on peut se dépasser par... On peut dépasser la douleur. On peut dépasser beaucoup de choses. Et ce qui fait que j'ai entrepris une pensée positive, c'est-à-dire je voulais absolument redevenir un homme debout.

C'est-à-dire que dans votre tête, vous vous visualisiez debout ?
Claude : Ouais. Je visualisais tout le temps, chaque jour, mais chaque minute. Je pourrais dire même chaque seconde.
Et chaque nuit, parce que vous ne dormez pas tellement vous soufflez ?
Claude : Chaque nuit. Je ne dormais plus. J'avais trop de douleur.




Je pensais à nouveau prendre mes enfants dans les bras, faire l'amour à ma femme. Mais oui, d'une manière tellement viscérale comme on ne peut pas imaginer. Et j'étais sur mon lit, là, à air pulsé avec les patchs, avec les sondes et tout. Donc je pensais, je me construisais ça. J'avais décidé de reprendre en fait les clés de mon corps.

Mais quand le corps ne réagit absolument pas, il y a des moments de découragement total. Comment on peut garder cette conviction alors que rien ne réagit, rien ne répond ?

Claude : Vous savez pourquoi ? Parce que quelque part... Je vais vous le dire. C'est mon livre. Je vais vous le dire.

En fait, si on fait une représentation schématique du cortex, je crois qu'il y a à peu près cinquant pour cent de l'espace qui est occupé par les mains, trente pour cent par le pouce. Et je m'étais dit, moi, complètement tétraplégique, là, depuis de longs mois, si je laisse cette partie du cortex en friche, à l'abandon, c'est les idées noires qui vont se...

Il faut l'entraîner.
Claude : Et oui, l'entraîner. Donc alors c'est pour ça que je pensais par exemple...
Vous disiez qu'il y a une partie de mon cerveau qui n'est pas encore exploitée. Et grâce à mon mental, je vais aller y puiser les forces nécessaires.
Claude : Mais déjà, je pars du constat incroyable. Cette maladie, ce syndrome, c'est mon propre corps qui détruit mes nerfs. C'est une maladie auto-immune. J'ai dit... Et si l'inverse était vrai ? Et pourquoi pas ? Et pourquoi pas que mon corps allait reconstruire en fait les nerfs, la myéline et tout ? Et j'ai dit... C'est un pari fou. En fait, c'est Mark Twain qui dit : "Je ne savais pas que c'était impossible. C'est pour ça que je l'ai fait, je crois."
Qu'est-ce qui bouge en premier ? Qu'est-ce qui vous raccroche à l'espoir ?
Claude : Qu'est-ce qui bouge en premier ? Bien sûr...
Pardonnez-moi, c'est une question.
Claude : Mais je vais vous le dire. Je vais vous le dire. Lorsque ça fait trois mois que je suis paralysé et que j'y pense, je pense, je regarde mes doigts, vous voyez. Je les écarte, je les serre, etc. Et je dis...
Je vous laisse me poser l'exemple, parce que je connais la réponse.




Claude : Vous connaissez la réponse. Alors je vous l'ai dit. La plus belle érection de ma vie, ce fut celle de mon petit doigt qui s'élevait comme ça d'une manière incroyable. Et en fait, je l'avais pratiquement provoqué...
Au bout de combien de mois, Claude ?
Claude : Au bout de quatre mois, quoi. Alors qu'on m'avait dit : « Il n'y a plus de jus, il n'y a plus de jus, vous resterez définitivement tétraplégique ».
Malgré la douleur, malgré justement tous ces médecins qui disaient non.
Claude : Malgré tout ça, quoi. J'avais tellement la trouille de rester en fauteuil roulant. Et encore au-delà, je crois que j'étais suffisamment courageux pour rester en fauteuil roulant. Par contre, sans mes mains, c'est l'assistanat forcé. C'est-à-dire que tous les gestes de la vie, se gratter, évidemment. Alors je vous passe la toilette, manger, se laver.
C'est horrible. J'aurais été incapable de supporter ça. Donc c'est l'énergie du désespoir, c'est l'envie, en fait, je pense, qui m'a sublimé.

Alors vous racontez tout ça dans ce livre, y compris les longs séjours à l'hôpital, ce que l'on entend de la part des soignants quand on est enfermé dans son corps comme ça. Vous traitez de tout avec beaucoup d'humour, et plein de patients s'y reconnaîtront.

Donc vous commencez à rebouger. Vous sollicitez les kinés. Vous en faites plus que vous nous devez. On vous dit mais vous allez vous fatiguer. Mais vous en voulez, vous en voulez, vous en faites, vous faites des heures et des heures de rééducation tous les jours. On vous demande aujourd'hui comment vous allez si vous avez des séquelles, si vous marchez normalement. Qu'est-ce qui vous reste comme séquelles ?

Claude : J'ai deux réponses. La réponse personnelle, oui, je vais très bien. Je vais encore mieux qu'avant. Avant, je faisais du marathon. Aujourd'hui, je viens dans vos studios avec une béquille. Mais je suis un homme heureux parce que j'ai la chance d'être là debout alors que je connais tellement d'autres personnes qui sont allongées sur leur lit. Et la tétraplégie, c'est vraiment... C'est infernal. C'est vraiment quelque chose d'horrible. Enfermement dans le bocal de son corps, être dépendant des autres, c'est horrible. Donc je suis évidemment très heureux. Cependant... Cependant...
Encore plus qu'avant parce que vous réalisez mieux qu'avant la chance que vous avez d'être vivant et libre de mouvement.
Claude : Incroyable. Je voulais écrire. J'ai toujours aimé écrire. J'aime les mots, la poésie des mots, le rythme. J'aime ça.
Donc cette expérience vous y a conduit.



Claude : C'est ça. Aujourd'hui, j'ai écrit. Ce livre, donc, a eu ce prix littéraire. Je suis plus heureux des hommes. Comment voulez-vous ?
Mais physiquement, vous allez comment ?
Claude : Alors physiquement, je vais très bien. Cependant, voyez, mes mains... J'ai des difficultés à attacher une chemise. C'est toujours un problème. Je calcule les distances. Je mesure l'énergie, en fait. J'essaie de me garer au plus près, bien évidemment.
Vous utilisez toujours votre mental énormément. Vous vous anticipez. Et vous souffrez toujours.
Claude : Je souffre toujours. Mais là...
Parce que le nerf est toujours atteint.
Claude : Oui, le nerf est toujours atteint. En fait, je dois fonctionner avec vingt pour cent de mon nerf. Je sais pas. Il faudrait faire une biopsie pour savoir exactement dans quel état mes nerfs sont. Mais je sais que j'ai des sensations très curieuses. Si je vous donnais ou je donnais à l'homme que j'étais il y a dix ans mes mains et mes jambes, je crois que ça serait horrible en disant : « C'est pas possible. On peut pas vivre avec ça ». Et pourtant, si on peut vivre, eh bien, eh bien, je suis vraiment très, très, très heureux.
Alors je voudrais la réaction du...
Médecin : La réaction, c'est formidable, parce que c'est la joie de quelqu'un qui s'est battu. Et on est devant le triomphe. C'est une matinée de triomphe. Là, c'est magnifique, ce témoignage.
Mais sur le pouvoir de l'esprit, est-ce que vous en avez été témoin dans beaucoup d'autres cas ?
Médecin : Bien sûr, bien sûr, bien sûr.
Est-ce que vous pouvez nous confirmer ?
Médecin : Il faut savoir... Là, la question, c'est le mental. Peut-il nous guérir ? Il faut savoir une chose essentielle. Oui, il peut nous guérir ou tout au moins favoriser la guérison, parce qu'il faut pas non plus croire qu'on peut tout et que l'homme est Superman.




Non ! On peut aider la guérison. Ça, c'est sûr. Et il faut avoir ce mental positif. Positif veut dire être convaincu que ce que nous voulons sera réussi.

Oui, mais quand vous dites qu'il faut avoir ce mental positif, c'est pas toujours évident pour tout le monde. On la puise où, la force ? On la puise où ?
Médecin : Alors Sophie, d'abord, si vous touchez la question essentielle que j'aurais aimé récupérer de ce témoignage magnifique. C'est qu'effectivement, vous me permettez que je vous fasse un peu de psychologie, là, devant tout le monde.
Je vais m'allonger. J'ai l'habitude. J'ai passé trois cent jours sur le divan.
Médecin : Eh bien Claude Pinault était déjà quelqu'un qui se battait.
De résilient.
Médecin : C'est un battant. Claude Pinault était un battant avant de tomber malade. Ça, il faut le savoir.
Claude : Je suis un petit teigneux.
Non, parce qu'il y a une histoire personnelle difficile, douloureuse.
Médecin : Et je pense que le mental peut bien nous aider à guérir, mais il faut une personnalité avant qu'il soit déjà bien pour qu'on soit prêt au défi.
Mais la maladie peut révéler aussi une personnalité.
Médecin : Absolument La maladie peut révéler une personnalité, mais il faut savoir qu'il faut une base, une structure de personnalité qui s'y prête. Pour savoir que... Bon, Claude a eu la mauvaise chance de trouver un premier médecin qui a mal réagi puisqu'il a asséné la vérité alors qu'il n'en avait pas. Mais ce qui est intéressant, c'est que lorsqu'on a une pensée positive, lorsqu'on y croit, eh bien ça donne force au médecin. Un autre médecin, je veux dire, ça lui fait croire au médecin qu'il peut réussir aussi.
Claude : Oui, d'ailleurs, j'ai entraîné...
Ça serait bien que le médecin nous emmène aussi dans un élan d'espoir.
Claude : Oui, mais quand même, oui, vous avez raison, parce qu'en fait, lorsque j'ai commencé à récupérer, on venait me voir. Je faisais plus de kiné que les autres. Évidemment, j'étais fatigué, mais fatigable.




J'allais en fauteuil roulant dans les salles de musculation et je soulevais des tonnes de grammes. J'avais des engins pneumatiques à commande têtière. J'y allais. Et les médecins et les kinés poussaient la porte et me disaient « Mais il faut que tu sortes. Il faut que tu te reposes. Ça va être à l'encontre de ta récupération ». Et puis, ben non, on pouvait pas m'attacher. Et en fait, après coup, ils m'ont dit « On t'a laissé faire un peu comme une expérience ».

Et puis finalement, ben oui, je crois vraiment que la fonction crée l'organe, quoi. Si on veut les plus grandes barrières infranchissables, c'est nous-mêmes qui nous les posons devant, quoi. Si on dit « Je ne suis pas capable ». D'ailleurs, tout à l'heure, il y a quelque temps, j'ai répondu en disant « Je ne peux plus courir ». J'étais en train de me dire « Mais oh là là, je suis en train de me dire ça, donc je vais pas courir ». Alors maintenant, j'ai décidé « Je vais courir ». C'est le seul moyen. Sinon, je suis coincé.

Je voudrais remercier Céline Lis, et vous conseiller la lecture de ce livre, « L'Impatiente », publié chez Jean-Claude Lattès. Je voudrais prendre le témoignage de Françoise et passer la parole à Alexandre aussi, parce qu'on réagit beaucoup. Vous voulez peut-être parler avant, Alexandre ?
Si vous voulez, oui, bien sûr. D'abord, alors je voudrais citer plein de noms comme Nicole, Marie-Josée, Chantal, Éliane. Toutes ces charmantes dames et messieurs sont absolument passionnées par cette émission et ont vécu ce même genre de problèmes et ont guéri grâce à la force de leur volonté. Isabelle, en revanche, de Marseille, nous dit attention. Le témoignage de votre invité est un bon message d'espoir. Mais il ne faut pas que ceux qui se battent actuellement contre une maladie grave et ne s'en sortent pas se sentent coupables et pensent que leur échec est dû à leur manque de volonté.
Très important.
Très important. Et également, alors une question qui revient, mais alors très très fréquemment ce matin dans les mails, c'est autour de la religion. On me parle de croyances religieuses, de pèlerinage, de lourdes, de guérisons spontanées, de maladies dites incurables. Est-ce qu'on peut crier au miracle ?
Alors Claude, là-dessus ?
Claude : Oui, j'aurais pu écrire un autre livre là-dessus. Effectivement, il n'y a pas vraiment de croyances... Si il y a d'autres croyances, il y a certains chapitres où on voit le post-it de la vie, c'est-à-dire les seins des infirmières. Alors pourquoi je dis ça ? Non, non, mais c'est pas par hasard. Bien sûr.
Dites-donc, vous les décrivez, vous les appréciez.
Claude : Oui, mais c'est une plaisanterie, mais c'est pas qu'une plaisanterie.
Je comprends. C'est la vie.





Claude : C'est grâce à ça. C'est la vie. C'est-à-dire que quelque part, je l'ai pas fait histoire de...
C'est la gourmandise de la vie.
Claude : C'est la gourmandise de la vie. Quand on a vraiment envie, je crois que l'envie sublime. Et c'est un peu grâce à ça. Alors si on me pose la question « Et vous croyez en quoi ? », eh bien je crois en la vie, en l'être humain. Je crois au bonheur de vivre, quoi.
Au sein des infirmières.
Claude : Au sein des infirmières, bien sûr.
A condition que l'épouse accepte.
Claude : Mais l'épouse, elle a été adorable. Elle a bien vu que pour redevenir un homme debout, de toute façon, tout un chacun, on regarde ca et là. C'est le sens de la vie, quoi.
Alors Françoise est avec nous au téléphone. Bonjour, Françoise.
Témoignage : Oui, bonjour.
Vous avez soixante-deux ans ans. Vous avez aussi été atteinte d'une maladie de Guillain-Barré avec une tétraplégie complète.
Témoignage : Oui.
Et vous en êtes où aujourd'hui, Françoise ?
Témoignage : Oh bah y a plus rien de visible. J'ai complètement récupéré.
Est-ce que vous vous reconnaissez dans le témoignage, Claude Pinault ?
Témoignage : Je suis toute émue parce que ça m'a ramenée douze ans en arrière. Ça m'a rapporté toutes ces choses que je n'avais pas oubliées, bien sûr, mais qui étaient quand même un peu enfouies.Non. La grosse différence avec Claude Pinault, c'est que le médecin qui m'a diagnostiqué le Guillain-Barré à Montpellier m'a dit tout de suite que c'était une maladie complètement réversible, contrairement à la polio, que je me retrouverais exactement comme j'étais avant. Et je dois dire que ça, ça a été mon moteur.




Est-ce que c'était une forme grave que vous aviez ?
Témoignage : Bah écoutez, je suis allée jusqu'à la tétraplégie complète, mais moi, je n'en ai jamais su plus que ça. Tout ce que je sais, c'est qu'on m'a mise en coma thérapeutique pour pouvoir avoir toutes les assistances nécessaires quand il n'y avait plus rien qui fonctionnait. Parce qu'effectivement, à la fin, il n'y a plus rien. Il n'y a que le cœur et le cerveau.
OK, Françoise. Une réaction de Claude qui m'en sait plus que les médecins là-dessus, puisque dans son livre, il y a une description sur l'objet pathologique incroyable.
Claude : Oui, il y a plusieurs formes de Guillain-Barré, bien sûr. Il y a la forme aiguë, la forme subaiguë, il y a la forme atypique. Enfin, il y en a beaucoup. En fait, la grosse différence, c'est la phase d'installation de la maladie. Il faut pas qu'elle dépasse quatre semaines. Alors ça peut être très violent, on peut avoir une trachéo, être complètement tétraplégique. C'est aiguë, c'est-à-dire rapide.
Oui, mais vous, ça a duré plus de quatre semaines.
Claude : Ah oui, la phase d'installation, elle a duré trois mois.
Et puis c'est le cœur du nerf qui est touché chez vous.
Claude : Le cœur du nerf. Et en fait, il y a une phase plateau. Alors curieusement, ce n'est pas le fait d'être trachéotémisé qui fait la...
C'est la durée de la phase d'installation.
Claude : C'est la durée de la phase d'installation qui fait la grande différenciation dans les différents Guillain-Barré.
Alexandre, pour terminer.
À travers Soazic de Alere et Marie-Isabelle de Tournefeuille, voilà, il faudrait donner un grand remerciement à tous les kinés et à toutes les infirmières, voilà, qui sont des aides immenses dans ces moments. Voilà, beaucoup de messages d'infirmières.
Claude : Alors vous verrez dans mon livre, c'est un hommage, je pense, énorme à tous les personnels soignants. Bien sûr, je dis tout.
C'est tout sauf un livre lisse et consensuel. Évidemment, j'égratine certains personnels soignants. Mais la majorité des gens que j'ai rencontré, à quatre-vingt-dix pour cent, c'est des gens exemplaires, kinés, médecins et infirmières, bien évidemment. Enfin, vous l'avez lu.







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"Le mental
peut-il nous guérir ?"




Bonjour, nous sommes le mercredi 20 janvier. Merci d'être avec nous ce matin. Nous recevrons dans cette émission Jacques Perrin. On est très heureux de l'accueillir en direct. Il a réalisé un film absolument magnifique qui nous dévoile toutes les richesses et les beautés des habitants des mers.

Mieux qu'un plaidoyer ou qu'une grande conférence internationale, quand on voit ce film, on prend conscience de la nécessité de protéger la planète. On parlera avec lui des conditions de tournage incroyables. Ils ont inventé des caméras, des moyens techniques pour pouvoir suivre au plus près des poissons qu'on découvre sous un jour tout à fait nouveau. Voilà donc notre invité.

Autre invité, Claude Pinault, qui est avec nous et qui va vous raconter un témoignage incroyable. Claude s'est retrouvé victime d'une grave maladie, le syndrome de Guillain-Barré. Il s'est battu pendant 300 jours, entièrement paralysé dans son corps. Seul son cerveau continuait à marcher, à vagabonder. Il va nous raconter que le pouvoir de l'esprit, la conviction de la force mentale, comment cela lui a permis de s'en sortir.

Vous allez témoigner dans un instant. Vous pouvez réagir sur ce témoignage au 3245. Alexandre est là et attend vos appels.

Oui, bonjour. Alors mis à part le fait que toute la France, effectivement, nous envoie des mails sur le fait que vous soyez coupé un petit peu les cheveux...
Merci. Merci de le rappeler, puisque c'est très important. C'est une info capitale, ce matin.
Bah oui, mais tout le monde nous le dit en ce moment au standard. Donc le 3245, je vous le rappelle, il est fait pour vous. Vous nous appelez, vous témoignez. On essaiera de prendre beaucoup beaucoup de coups de téléphone à l'antenne. Je voudrais vous citer un premier témoignage qu'on a eu ce matin de Domia de Strasbourg, qui ouvre bien le débat, qui nous disait... « Voilà. Bonjour. Le mental est une valeur certaine de la guérison. Il y a huit ans, je suis sorti d'un cancer pour lequel j'étais condamné parce que simplement je rêvais d'être grand-mère et je me suis battu. » Aujourd'hui, elle a deux petits-enfants de cinq et de un an. t elle dit « Voilà. Le mental, une grande valeur pour la guérison ». Appelez-nous.
Et Claude, alors qu'il était paralysé, rêvait de remarcher un jour. Et c'est comme ça qu'il s'en est sorti. Il raconte cette histoire et ce parcours dans un livre magnifique, primé d'ailleurs par le prix Parole Patient, Le Syndrome du BOCAL , aux éditions Buchet-Chastel. Et puis avec nous également, pour réagir à ce témoignage et nous éclairer, le docteur Juan David Nazio, psychiatre et psychanalyste. Alors Richard, tout de suite, on va entrer dans le vif de cette histoire incroyable.
Rapidement, pour savoir un peu ce qu'est le Guillain-Barré aussi, puisque c'est environ mille sept cent personnes qui sont touchées par cette affection qui à une origine virale. En l'occurrence, vous, c'est une otite qui a atteint l'enveloppe du nerf mais aussi l'axone, le cœur du nerf, ce qui fait que vous avez eu une forme très très grave, subaiguë, comme on l'appelle. Et ça a été un travail très très compliqué. Mais c'est grâce justement à l'abnégation. On va voir justement quelques images de votre hospitalisation.

Ce sont des images qui ont été tournées par vos enfants à l'hôpital, où on voit qu'à un moment, vous n'arrivez à rien bouger, juste le petit doigt.

Et petit à petit, vous avez travaillé contre l'avis des médecins, puisqu'il y en a un qui vous a dit quand il n'y a plus de jus... Il n'y a plus de jus.
Claude : Exactement.
Et là, on voit cette image petit à petit.
Juste, Richard, on va rappeler que Claude fait une plongée, se fait piquer par une méduse. Et cette oreille, ce virus, vous le découvrez quinze jours après, je crois.
C'est exactement ça. Et d'un seul coup, il y a eu cette paralysie. Et petit à petit, vous avez pu retrouver... Là, on vous voit après, bien entendu. Grâce à cette pensée positive qui est véritablement un médicament... On va le montrer, on va en parler. Avec votre épouse, vous avez pu réussir à vous en sortir.
Avec un travail considérable, l'appui des kinés. C'est presque vous qui mobilisez les kinés. On va revenir au départ. Que se passe-t-il pendant ces deux jours où le virus s'attaque à votre oreille ?
Claude : Je suis piqué par une méduse. Le soir même, j'ai une otite atypique qui traîne. Et en fait, quinze jours après, c'est là où tout commence. Ça commence toujours comme ça, un Guillain-Barré. Il y a des fourmillements dans les mains, dans les pieds. Et en fait, c'est la myéline qui commence à se détruire.
L'enveloppe du nerf.
Claude : Oui, oui. C'est l'enveloppe du nerf. Le nerf, c'est l'axone. C'est comme un fil électrique. Et autour, la myéline, en fait, accélère le mouvement. Et quand il y a plus de myéline, il y a plus de mouvement.

Ce qui fait que je me suis retrouvé en réanimation très rapidement. Et je suis parti pour un voyage au bout de l'enfer de trois cent jours sur le dos sans pouvoir bouger. Ça, c'est quelque chose d'assez incroyable. Et puis surtout...

En réanimation, en devant changer d'hôpital, parce qu'au bout d'un certain temps...
Personne n'en voulait.
Personne n'en voulait.Personne ne voulait de vous. Et tout le monde était convaincu que vous ne vous en sortiriez pas valide.
Claude : Oui, parce qu'en fait, il y a plusieurs types de guélin barré. Celui-ci est très dur. C'est le...
C'est ce qu'on appelle un Guillain-Barré subaiguë. C'est la forme la plus grave.
Claude : C'est la forme la plus grave, parce que non seulement la myéline est détruite, mais l'axone. Donc il n'y a plus rien. Et l'axone ne peut pas se reconstituer comme ça aussi simplement.
Donc effectivement, j'ai fait le guide routard des centres de rééducation. On voulait plus de moi en réanimation à Orléans. Je suis parti à Carpap.
Alors sans parler de la douleur, parce que vous souffrez énormément. On peut même rien faire contre cette douleur, parce que vous êtes en réanimation.
Claude : Alors oui. En fait, je me suis enfermé dans le bocal de mon corps. En fait, c'est un bocal invisible, complètement tétraplégique. Mais l'influx nerveux qui ne peut plus aller sur les nerfs moteurs, en fait, déborde et va sur les nerfs sensitifs.

Ce qui fait qu'il y a des douleurs, des sensations incroyables, je décris dans certains chapitres. J'ai l'impression d'attaques carnassières. J'ai l'impression que je suis bouffé de l'intérieur par des chiens et les deux bras ballants, complètement tétraplégique, quoi. C'est un enfermement assez horrible.

Donc un médecin dit : « Lorsqu'il n'y a plus de jus, il n'y a plus de jus ». Qu'est-ce qui fait que vous, dans votre tête, vous vous dites à un moment donné : « Je remarcherai un jour ».
Claude : J'ai sans doute un petit côté rebelle en moi. Lorsqu'un sachant me dit ça, qu'il il est, pour pouvoir m'asséner comme ça un diagnostic autant coup de poing dans la gueule. Et alors ? On ne sait pas. En fait, Dieu merci, il y a eu quand même un deuxième médecin éclairé qui m'a dit : « Vous savez, en médecine, il n'y a que des statistiques. Montrez-nous ce que vous allez être capable de faire de votre maladie, en fait ». Il y a des cas inexpliqués, inexplicables.

Et alors ? En fait, j'ai saisi, je savais ça, qu'on peut faire bouger des choses avec son mental, je pense. J'étais sportif. Et je sais qu'on peut se dépasser par... On peut dépasser la douleur. On peut dépasser beaucoup de choses. Et ce qui fait que j'ai entrepris une pensée positive, c'est-à-dire je voulais absolument redevenir un homme debout.

C'est-à-dire que dans votre tête, vous vous visualisiez debout ?
Claude : Ouais. Je visualisais tout le temps, chaque jour, mais chaque minute. Je pourrais dire même chaque seconde.
Et chaque nuit, parce que vous ne dormez pas tellement vous soufflez ?
Claude : Chaque nuit. Je ne dormais plus. J'avais trop de douleur.

Je pensais à nouveau prendre mes enfants dans les bras, faire l'amour à ma femme. Mais oui, d'une manière tellement viscérale comme on ne peut pas imaginer. Et j'étais sur mon lit, là, à air pulsé avec les patchs, avec les sondes et tout. Donc je pensais, je me construisais ça. J'avais décidé de reprendre en fait les clés de mon corps.

Mais quand le corps ne réagit absolument pas, il y a des moments de découragement total. Comment on peut garder cette conviction alors que rien ne réagit, rien ne répond ?

Claude : Vous savez pourquoi ? Parce que quelque part... Je vais vous le dire. C'est mon livre. Je vais vous le dire.

En fait, si on fait une représentation schématique du cortex, je crois qu'il y a à peu près cinquant pour cent de l'espace qui est occupé par les mains, trente pour cent par le pouce. Et je m'étais dit, moi, complètement tétraplégique, là, depuis de longs mois, si je laisse cette partie du cortex en friche, à l'abandon, c'est les idées noires qui vont se...

Il faut l'entraîner.
Claude : Et oui, l'entraîner. Donc alors c'est pour ça que je pensais par exemple...
Vous disiez qu'il y a une partie de mon cerveau qui n'est pas encore exploitée. Et grâce à mon mental, je vais aller y puiser les forces nécessaires.
Claude : Mais déjà, je pars du constat incroyable. Cette maladie, ce syndrome, c'est mon propre corps qui détruit mes nerfs. C'est une maladie auto-immune. J'ai dit... Et si l'inverse était vrai ? Et pourquoi pas ? Et pourquoi pas que mon corps allait reconstruire en fait les nerfs, la myéline et tout ? Et j'ai dit... C'est un pari fou. En fait, c'est Mark Twain qui dit : "Je ne savais pas que c'était impossible. C'est pour ça que je l'ai fait, je crois."
Qu'est-ce qui bouge en premier ? Qu'est-ce qui vous raccroche à l'espoir ?
Claude : Qu'est-ce qui bouge en premier ? Bien sûr...
Pardonnez-moi, c'est une question.
Claude : Mais je vais vous le dire. Je vais vous le dire. Lorsque ça fait trois mois que je suis paralysé et que j'y pense, je pense, je regarde mes doigts, vous voyez. Je les écarte, je les serre, etc. Et je dis...
Je vous laisse me poser l'exemple, parce que je connais la réponse.
Claude : Vous connaissez la réponse. Alors je vous l'ai dit. La plus belle érection de ma vie, ce fut celle de mon petit doigt qui s'élevait comme ça d'une manière incroyable. Et en fait, je l'avais pratiquement provoqué...
Au bout de combien de mois, Claude ?
Claude : Au bout de quatre mois, quoi. Alors qu'on m'avait dit : « Il n'y a plus de jus, il n'y a plus de jus, vous resterez définitivement tétraplégique ».
Malgré la douleur, malgré justement tous ces médecins qui disaient non.
Claude : Malgré tout ça, quoi. J'avais tellement la trouille de rester en fauteuil roulant. Et encore au-delà, je crois que j'étais suffisamment courageux pour rester en fauteuil roulant. Par contre, sans mes mains, c'est l'assistanat forcé. C'est-à-dire que tous les gestes de la vie, se gratter, évidemment. Alors je vous passe la toilette, manger, se laver.
C'est horrible. J'aurais été incapable de supporter ça. Donc c'est l'énergie du désespoir, c'est l'envie, en fait, je pense, qui m'a sublimé.

Alors vous racontez tout ça dans ce livre, y compris les longs séjours à l'hôpital, ce que l'on entend de la part des soignants quand on est enfermé dans son corps comme ça. Vous traitez de tout avec beaucoup d'humour, et plein de patients s'y reconnaîtront.

Donc vous commencez à rebouger. Vous sollicitez les kinés. Vous en faites plus que vous nous devez. On vous dit mais vous allez vous fatiguer. Mais vous en voulez, vous en voulez, vous en faites, vous faites des heures et des heures de rééducation tous les jours. On vous demande aujourd'hui comment vous allez si vous avez des séquelles, si vous marchez normalement. Qu'est-ce qui vous reste comme séquelles ?

Claude : J'ai deux réponses. La réponse personnelle, oui, je vais très bien. Je vais encore mieux qu'avant. Avant, je faisais du marathon. Aujourd'hui, je viens dans vos studios avec une béquille. Mais je suis un homme heureux parce que j'ai la chance d'être là debout alors que je connais tellement d'autres personnes qui sont allongées sur leur lit. Et la tétraplégie, c'est vraiment... C'est infernal. C'est vraiment quelque chose d'horrible. Enfermement dans le bocal de son corps, être dépendant des autres, c'est horrible. Donc je suis évidemment très heureux. Cependant... Cependant...
Encore plus qu'avant parce que vous réalisez mieux qu'avant la chance que vous avez d'être vivant et libre de mouvement.
Claude : Incroyable. Je voulais écrire. J'ai toujours aimé écrire. J'aime les mots, la poésie des mots, le rythme. J'aime ça.
Donc cette expérience vous y a conduit.
Claude : C'est ça. Aujourd'hui, j'ai écrit. Ce livre, donc, a eu ce prix littéraire. Je suis plus heureux des hommes. Comment voulez-vous ?
Mais physiquement, vous allez comment ?
Claude : Alors physiquement, je vais très bien. Cependant, voyez, mes mains... J'ai des difficultés à attacher une chemise. C'est toujours un problème. Je calcule les distances. Je mesure l'énergie, en fait. J'essaie de me garer au plus près, bien évidemment.
Vous utilisez toujours votre mental énormément. Vous vous anticipez. Et vous souffrez toujours.
Claude : Je souffre toujours. Mais là...
Parce que le nerf est toujours atteint.
Claude : Oui, le nerf est toujours atteint. En fait, je dois fonctionner avec vingt pour cent de mon nerf. Je sais pas. Il faudrait faire une biopsie pour savoir exactement dans quel état mes nerfs sont. Mais je sais que j'ai des sensations très curieuses. Si je vous donnais ou je donnais à l'homme que j'étais il y a dix ans mes mains et mes jambes, je crois que ça serait horrible en disant : « C'est pas possible. On peut pas vivre avec ça ». Et pourtant, si on peut vivre, eh bien, eh bien, je suis vraiment très, très, très heureux.
Alors je voudrais la réaction du...
Médecin : La réaction, c'est formidable, parce que c'est la joie de quelqu'un qui s'est battu. Et on est devant le triomphe. C'est une matinée de triomphe. Là, c'est magnifique, ce témoignage.
Mais sur le pouvoir de l'esprit, est-ce que vous en avez été témoin dans beaucoup d'autres cas ?
Médecin : Bien sûr, bien sûr, bien sûr.
Est-ce que vous pouvez nous confirmer ?
Médecin : Il faut savoir... Là, la question, c'est le mental. Peut-il nous guérir ? Il faut savoir une chose essentielle. Oui, il peut nous guérir ou tout au moins favoriser la guérison, parce qu'il faut pas non plus croire qu'on peut tout et que l'homme est Superman.
Non ! On peut aider la guérison. Ça, c'est sûr. Et il faut avoir ce mental positif. Positif veut dire être convaincu que ce que nous voulons sera réussi.

Oui, mais quand vous dites qu'il faut avoir ce mental positif, c'est pas toujours évident pour tout le monde. On la puise où, la force ? On la puise où ?
Médecin : Alors Sophie, d'abord, si vous touchez la question essentielle que j'aurais aimé récupérer de ce témoignage magnifique. C'est qu'effectivement, vous me permettez que je vous fasse un peu de psychologie, là, devant tout le monde.
Je vais m'allonger. J'ai l'habitude. J'ai passé trois cent jours sur le divan.
Médecin : Eh bien Claude Pinault était déjà quelqu'un qui se battait.
De résilient.
Médecin : C'est un battant. Claude Pinault était un battant avant de tomber malade. Ça, il faut le savoir.
Claude : Je suis un petit teigneux.
Non, parce qu'il y a une histoire personnelle difficile, douloureuse.
Médecin : Et je pense que le mental peut bien nous aider à guérir, mais il faut une personnalité avant qu'il soit déjà bien pour qu'on soit prêt au défi.
Mais la maladie peut révéler aussi une personnalité.
Médecin : Absolument La maladie peut révéler une personnalité, mais il faut savoir qu'il faut une base, une structure de personnalité qui s'y prête. Pour savoir que... Bon, Claude a eu la mauvaise chance de trouver un premier médecin qui a mal réagi puisqu'il a asséné la vérité alors qu'il n'en avait pas. Mais ce qui est intéressant, c'est que lorsqu'on a une pensée positive, lorsqu'on y croit, eh bien ça donne force au médecin. Un autre médecin, je veux dire, ça lui fait croire au médecin qu'il peut réussir aussi.
Claude : Oui, d'ailleurs, j'ai entraîné...
Ça serait bien que le médecin nous emmène aussi dans un élan d'espoir.
Claude : Oui, mais quand même, oui, vous avez raison, parce qu'en fait, lorsque j'ai commencé à récupérer, on venait me voir.
Je faisais plus de kiné que les autres. Évidemment, j'étais fatigué, mais fatigable. J'allais en fauteuil roulant dans les salles de musculation et je soulevais des tonnes de grammes. J'avais des engins pneumatiques à commande têtière. J'y allais. Et les médecins et les kinés poussaient la porte et me disaient « Mais il faut que tu sortes. Il faut que tu te reposes. Ça va être à l'encontre de ta récupération ». Et puis, ben non, on pouvait pas m'attacher. Et en fait, après coup, ils m'ont dit « On t'a laissé faire un peu comme une expérience ».

Et puis finalement, ben oui, je crois vraiment que la fonction crée l'organe, quoi. Si on veut les plus grandes barrières infranchissables, c'est nous-mêmes qui nous les posons devant, quoi. Si on dit « Je ne suis pas capable ». D'ailleurs, tout à l'heure, il y a quelque temps, j'ai répondu en disant « Je ne peux plus courir ». J'étais en train de me dire « Mais oh là là, je suis en train de me dire ça, donc je vais pas courir ». Alors maintenant, j'ai décidé « Je vais courir ». C'est le seul moyen. Sinon, je suis coincé.

Je voudrais remercier Céline Lis, et vous conseiller la lecture de ce livre, « L'Impatiente », publié chez Jean-Claude Lattès. Je voudrais prendre le témoignage de Françoise et passer la parole à Alexandre aussi, parce qu'on réagit beaucoup. Vous voulez peut-être parler avant, Alexandre ?
Si vous voulez, oui, bien sûr. D'abord, alors je voudrais citer plein de noms comme Nicole, Marie-Josée, Chantal, Éliane. Toutes ces charmantes dames et messieurs sont absolument passionnées par cette émission et ont vécu ce même genre de problèmes et ont guéri grâce à la force de leur volonté. Isabelle, en revanche, de Marseille, nous dit attention. Le témoignage de votre invité est un bon message d'espoir. Mais il ne faut pas que ceux qui se battent actuellement contre une maladie grave et ne s'en sortent pas se sentent coupables et pensent que leur échec est dû à leur manque de volonté.
Très important.
Très important. Et également, alors une question qui revient, mais alors très très fréquemment ce matin dans les mails, c'est autour de la religion. On me parle de croyances religieuses, de pèlerinage, de lourdes, de guérisons spontanées, de maladies dites incurables. Est-ce qu'on peut crier au miracle ?
Alors Claude, là-dessus ?
Claude : Oui, j'aurais pu écrire un autre livre là-dessus. Effectivement, il n'y a pas vraiment de croyances... Si il y a d'autres croyances, il y a certains chapitres où on voit le post-it de la vie, c'est-à-dire les seins des infirmières. Alors pourquoi je dis ça ? Non, non, mais c'est pas par hasard. Bien sûr.
Dites-donc, vous les décrivez, vous les appréciez.
Claude : Oui, mais c'est une plaisanterie, mais c'est pas qu'une plaisanterie.
Je comprends. C'est la vie.
Claude : C'est grâce à ça. C'est la vie. C'est-à-dire que quelque part, je l'ai pas fait histoire de...
C'est la gourmandise de la vie.
Claude : C'est la gourmandise de la vie. Quand on a vraiment envie, je crois que l'envie sublime. Et c'est un peu grâce à ça. Alors si on me pose la question « Et vous croyez en quoi ? », eh bien je crois en la vie, en l'être humain. Je crois au bonheur de vivre, quoi.
Au sein des infirmières.
Claude : Au sein des infirmières, bien sûr.
A condition que l'épouse accepte.
Claude : Mais l'épouse, elle a été adorable. Elle a bien vu que pour redevenir un homme debout, de toute façon, tout un chacun, on regarde ca et là. C'est le sens de la vie, quoi.
Alors Françoise est avec nous au téléphone. Bonjour, Françoise.
Témoignage : Oui, bonjour.
Vous avez soixante-deux ans ans. Vous avez aussi été atteinte d'une maladie de Guillain-Barré avec une tétraplégie complète.
Témoignage : Oui.
Et vous en êtes où aujourd'hui, Françoise ?
Témoignage : Oh bah y a plus rien de visible. J'ai complètement récupéré.
Est-ce que vous vous reconnaissez dans le témoignage, Claude Pinault ?
Témoignage : Je suis toute émue parce que ça m'a ramenée douze ans en arrière. Ça m'a rapporté toutes ces choses que je n'avais pas oubliées, bien sûr, mais qui étaient quand même un peu enfouies.Non. La grosse différence avec Claude Pinault, c'est que le médecin qui m'a diagnostiqué le Guillain-Barré à Montpellier m'a dit tout de suite que c'était une maladie complètement réversible, contrairement à la polio, que je me retrouverais exactement comme j'étais avant. Et je dois dire que ça, ça a été mon moteur.
Est-ce que c'était une forme grave que vous aviez ?
Témoignage : Bah écoutez, je suis allée jusqu'à la tétraplégie complète, mais moi, je n'en ai jamais su plus que ça. Tout ce que je sais, c'est qu'on m'a mise en coma thérapeutique pour pouvoir avoir toutes les assistances nécessaires quand il n'y avait plus rien qui fonctionnait. Parce qu'effectivement, à la fin, il n'y a plus rien. Il n'y a que le cœur et le cerveau.
OK, Françoise. Une réaction de Claude qui m'en sait plus que les médecins là-dessus, puisque dans son livre, il y a une description sur l'objet pathologique incroyable.
Claude : Oui, il y a plusieurs formes de Guillain-Barré, bien sûr. Il y a la forme aiguë, la forme subaiguë, il y a la forme atypique. Enfin, il y en a beaucoup. En fait, la grosse différence, c'est la phase d'installation de la maladie. Il faut pas qu'elle dépasse quatre semaines. Alors ça peut être très violent, on peut avoir une trachéo, être complètement tétraplégique. C'est aiguë, c'est-à-dire rapide.
Oui, mais vous, ça a duré plus de quatre semaines.
Claude : Ah oui, la phase d'installation, elle a duré trois mois.
Et puis c'est le cœur du nerf qui est touché chez vous.
Claude : Le cœur du nerf. Et en fait, il y a une phase plateau. Alors curieusement, ce n'est pas le fait d'être trachéotémisé qui fait la...
C'est la durée de la phase d'installation.
Claude : C'est la durée de la phase d'installation qui fait la grande différenciation dans les différents Guillain-Barré.
Alexandre, pour terminer.
À travers Soazic de Alere et Marie-Isabelle de Tournefeuille, voilà, il faudrait donner un grand remerciement à tous les kinés et à toutes les infirmières, voilà, qui sont des aides immenses dans ces moments. Voilà, beaucoup de messages d'infirmières.
Claude : Alors vous verrez dans mon livre, c'est un hommage, je pense, énorme à tous les personnels soignants. Bien sûr, je dis tout.
C'est tout sauf un livre lisse et consensuel. Évidemment, j'égratine certains personnels soignants. Mais la majorité des gens que j'ai rencontré, à quatre-vingt-dix pour cent, c'est des gens exemplaires, kinés, médecins et infirmières, bien évidemment. Enfin, vous l'avez lu.

Alors je vous invite à lire ce livre, Le Syndrome du BOCAL, prix Paroles de Patients, donc par Claude Pinault. Je vous invite à lire celui de Céline Lis, L'impatiente chez Jean-Claude Lattès.
Et toutes les informations aussi, justement, sur d'autres ouvrages sur le site de l'émission.
Médecin : Je voulais dire un mot simplement pour les questions qui ont été posées. Pour avoir une pensée positive, il faut toujours s'appuyer sur quelqu'un. C'est très important d'avoir non seulement une base dans une personnalité, mais il faut toujours un compagnon, que ce soit votre épouse, que ce soit un médecin qui vous accompagne, que ce soit Dieu. Attention. Peu importe. La pensée positive, elle est toujours une source positive à condition qu'il y ait toujours quelqu'un qui nous soutienne.
Merci à tous les deux d'être venus nous voir. C'était passionnant. J'espère que vous avez trouvé un écho. De toute façon, vous en trouverez un à la lecture de ces deux livres. Merci d'être venus nous voir.
Claude : Merci.
Et bon courage pour le marathon. Ce sera le prochain à New York.
Claude : Absolument.
Très bien. On vous suivra.

......